Epoka 2011 — Rémy Comment

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Selon la norme de cette époque qui veut que « tout bouge pour que rien ne bouge », l’absence, la vacuité et ce qu’elles manifestent malgré elles sont désignées comme produits d’une perte, d’un pathos. Il s’agit alors de les chasser au plus vite ou, tout au moins, de les masquer. Grain de sable dans la machine qui s’active en flux tendu à combler toute prise de distance ou pas de côté, la non présence est une échappée, un recul intime d’avec la vitesse et la production moderne. Son caractère tragique est de communiquer là un doute radical et menaçant à l’égard des automatismes du bonheur contemporain. « Quand j’ai évoqué la nuit de Madame T., j’ai rappelé l’équation bien connue d’un des premiers chapitres du manuel de la mathématique existentielle : le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli. De cette équation on peut déduire divers corollaires, par exemple celui-ci : notre époque s’adonne au démon de la vitesse et c’est pour cette raison qu’elle s’oublie si facilement elle-même. Or je préfère inverser cette affirmation et dire : notre époque est obsédée par le désir d’oubli et c’est afin de combler ce désir qu’elle s’adonne au démon de la vitesse ; elle accélère le pas parce qu’elle veut nous faire comprendre qu’elle ne souhaite plus qu’on se souvienne d’elle ; qu’elle se sent lasse d’elle-même ; écœurée d’elle-même ; qu’elle veut souffler la petite flamme tremblante de la mémoire. » Milan Kundera, La Lenteur

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