Quel curieux animal ! Avec ses deux pattes, sa tête dressée, jacassant ici, paniquant là, agité de permanentes saccades, secoué d’une curiosité furtive, emporté dans des émotivités collectives, réagissant en volte-face répétitifs, doté d’une vitalité en guerre toute immobilité, excité d’une boulimie incontrôlable, vulnérable aux techniques de l’hypnose. Et pourtant, les éthologues affirment que cet animal est riche d’une notable intelligence, d’un esprit habile non exempt de ruse et de malice, de capacité à prendre des décisions résultant d’expériences passées, de compassion à l’égard de ses semblables malgré sa réputation de férocité. Curieux paradoxe que de se voir, humains contemporains, abaissés, méprisés, abandonnés, abusés, malmenés et au destin souvent tragique, s’évertuer ainsi à ressembler à la fameuse gallinea domesticus prosaïquement désignée sous le nom de poule. Ou l’inverse…
